Publié par Laurent Duyck le 16 juillet 2012 à 10h49

Dossier: La mêlée en questions

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Didier Retière au temps où il commandait la mêlée du XV de France. (Maxppp)

Dossier: La mêlée en questions

Soucieuse d'éliminer plus encore les temps morts des matches, l'IRB a décidé de s’atteler à la mêlée. De nouveaux commandements vont être appliqués la saison prochaine. Mais c’est sur le retour de la poussée au détriment de l’impact que travaillent déjà les spécialistes de l’exercice, à l’instar de Didier Retière qui ouvre notre dossier consacré à la mêlée.

D’abord les chiffres. Au cœur d’un rugby qui fait de plus en plus la part belle au jeu, à ce rugby de mouvement réclamé par le public, la mêlée reste une exception. Une phase statique qui "consomme" en moyenne 17% d’un match de haut niveau. Il y a dix ans, il fallait une vingtaine de secondes pour préparer une mêlée. Aujourd’hui, il faut près d’une minute pour que les avants se mettent en place. Pire, 10% des mêlées étaient rejouées avant 2003 quand aujourd’hui pas loin d’une mêlée sur deux s’écroule. Un véritable problème pour l’IRB, la Fédération internationale, qui y voit un frein au spectacle proposé par le XV, mais aussi une source de difficultés pour les arbitres et de risques pour les joueurs.

Comment garantir une mêlée droite et solide qui se passerait de temps mort ? C’est l’équation sur laquelle planche une commission mise en place par l’IRB et dédiée à cet art délicat de la mêlée, composée de spécialistes (*). Dont Didier Retière, l’ancien adjoint de Marc Lièvremont en équipe de France, revenu au sein du giron fédéral après une pige au Racing-Métro 92. "On essaie de comprendre ce qui se passe en mêlée, explique celui qui a fait de la mêlée française l’une des références au monde. On se rend compte qu’au moment de l’impact, les joueurs vibrent, il y a énorme énergie cinétique libérée à ce moment-là, il y a même une succession d’impacts parce que les joueurs ne sont pas synchronisés. Ça entraîne des bascules chez les joueurs. Et ça conduit à ce que la mêlée s’effondre même si les joueurs n’en avaient pas l’intention. Il y a du vice mais il n’y a pas que ça. C’est une phase vraiment difficile à maîtriser."

La révolution pour 2015 ?

Voilà pour l’analyse. Au rayon des solutions, une première mesure a été reprise par l’IRB : l’instauration de nouveaux commandements. L'arbitre, qui prononçait ces mots: "Flexion, Touchez, Stop, Entrez" (crouch-touch-pause-engage en anglais), ne donnera plus que trois ordres à l'avenir: "Flexion, Touchez, Jeu" (crouch-touch-set). Comme avant 2007 (Flexion, Liez, Entrez)...  "L’objectif était de raccourcir les temps de préparation de mêlée et d’éviter que les joueurs n’anticipent l’engagement après la phase de stop", résume Retière, qui reste dubitatif sur les effets de cette première mesure. "Je ne suis pas certain qu’il y ait un changement radical, que ce soit la solution miracle pour que les mêlées soient mieux jouées. Sans le « stop », je crains que les joueurs soient un peu plus en déséquilibre. Je ne sais pas s’il y aura moins de mêlées effondrées."

Le problème est plus profond pour l’ancien pilier du PUC : "Pour des raisons assez bizarres, les commandements prévus pour protéger les joueurs, pour qu’ils soient bien concentrés au moment de l’impact, ont conduit à ce que l’introduction corresponde à l’impact. L’évolution du jeu a fait que gagner l’impact, c’était gagner la mêlée. Donc les équipes essaient toujours d’anticiper pour prendre l’avantage sur l’adversaire. On est à la limite du système. On aimerait revenir au gain du ballon à la poussée et donc de réfléchir à la façon de déconnecter l’introduction et l’entrée des joueurs en mêlée. Bref on essaie de revenir à ce qu’était la mêlée dans les années 1980." Un temps où les avants se liaient alors que le ballon n’était pas toujours entre les mains du demi de mêlée….

Entre le jeu à outrance voulu par la Nouvelle-Zélande et l’Australie, où la concurrence du rugby à XIII est forte, et le conservatisme prôné des nations britanniques, la ligne intermédiaire, défendue par la France, l’Afrique du Sud, l’Argentine ou encore l’Italie, qui veulent à la fois du mouvement et du spectacle mais aussi la protection de ces phases de combat collectif, l’IRB tranchera d’ici 2015. Avec, comme le rappelle Didier Retière, une question sociale à respecter. "La mêlée représente fortement l’idée que l’on se fait du rugby, l’un des rares sports de combat collectif. Cette lutte collective, avec cette poussée pour gagner le ballon, donne au rugby des joueurs avec des profils particuliers, des joueurs souvent plus petits, plus denses. Des joueurs qui ressemblent à des lutteurs et qui sont un peu moins à l’aise dans les espaces. En préservant la mêlée, on préserve cette idée, marquée des les objectifs de l’IRB, d’avoir des joueurs avec des profils différents. Et, indirectement, ça offre des espaces et ça crée une diversité dans le jeu. Sinon, on basculerait vers un jeu qui ressemble au rugby à XIII."

(*) La commission est composée de : David Barnes (association internationale des joueurs), Mike Cron (Nouvelle-Zélande), Didier Retière (France), Brian O'Shea (Australie), Norm Mottram (USA), Richie Dixon (Géorgie), Ken Quarrie (Nouvelle-Zélande), Graham Mourie (membre du comité directeur de l’IRB), John Jeffrey (membre du comité directeur de l’IRB), Gavin Williams (Angleterre), Dr Martin Raftery (médecin en chef de l’IRB), Paddy O'Brien (patron de l’arbitrage à l’IRB).

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