Publié par Sylvain Labbé le 17 octobre 2012 à 21h43

Gajan: "Une mission quasi impossible"

Coupe d'Europe

Malgré la difficulté et l'ampleur de la tâche, Christian Gajan prend du plaisir à former la relève du rugby italien. (Maxppp)

Gajan: "Une mission quasi impossible"

Infatigable globe-trotter du rugby européen, Christian Gajan opère aujourd’hui à la tête de la nouvelle franchise italienne de Zebre (*) engagée en Ligue Celte et ce week-end, à Biarritz, dans le cadre de la Coupe d’Europe. A Parme, l’ancien manager de l’Aviron Bayonnais gère une jeune formation aux moyens limités, au service de la sélection nationale de Jacques Brunel. Et cela n’a rien d’une sinécure…

Sur les cendres d’Aironi…

"Au niveau de l’intérêt sportif du travail entrepris, c’est très intéressant. Tout est nouveau après que l’ancienne franchise d’Aironi a été résiliée pour aujourd’hui permettre un rapatriement à Parme. Tout était à aire et en peu de temps, la fédération italienne est parvenue à établir rapidement un environnement tout à fait correct. Il a fallu procéder à un recrutement sur lequel je ne suis pas intervenu. On n’est pas reparti d’une page blanche puisqu’on est reparti sur une base de dix-sept, dix-huit joueurs -parmi lesquels Salvatore Perugini (Toulouse, Bayonne), Mauro Bergamasco (St. Français), Luciano Orquera (Brive) ou Andrea Masi (Biarritz, Racing)- qu’il a fallu compléter pour arriver aujourd’hui à un groupe d’une vingtaine de joueurs, dont l’âge oscille entre vingt et vingt-deux ans. C’est dire la jeunesse de cet effectif, d’autant qu’à âge égal, un joueur italien possède une maturité dans le jeu inférieure à celle d’un joueur français ou étranger."

Avec quel niveau ?

"On figure chaque week-end, on n’est pas ridicules, mais c’est quasiment mission impossible. Là, on vient affronter une équipe de Biarritz qui n’est pas au mieux et qui va bien finir par se refaire : on ne les prend pas au meilleur moment. Ça va être dur… Aujourd’hui, notre difficulté, c’est de disputer avec ce groupe une compétition, la Celtic League, qui équivaut à jouer la H Cup tous les week-ends puisque chacun de nos adversaires est engagé en Coupe d’Europe, une compétition que l’on a par ailleurs la « chance » de disputer également. On a au final une équipe qui, une fois bien en place, peut rivaliser avec le Top 5 de la Pro D2. Et je ne vois pas aujourd’hui une seule équipe de Pro D2 capable de rivaliser en H Cup. Or, c’est notre pain hebdomadaire. Il y a onze ans, je dirigeais Trévise et on disputait la H Cup pour un bilan de cinq victoires en deux ans, dont certaines à l’extérieur. Aujourd’hui, la difficulté de la tâche qui nous incombe, c’est de permettre dans ces conditions la progression de ces jeunes joueurs à travers quelques résultats sans lesquels on finit par perdre le fil."

Pour quelle finalité ?

"Il faut donc s’aguerrir à la compétition. Et aider en cela Jacques Brunel et la sélection nationale. C’est là aussi tout l’intérêt de cette mission que de pouvoir collaborer et communiquer avec Jacques au sujet des joueurs sur lesquels il compte le plus. Cela lui permet de gagner du temps. Mais lorsqu’on fait le détail de la sélection retenue pour les tests de novembre, seulement cinq de ces joueurs, issus de Zebre, sont concernés -et encore, pas toujours en tant que titulaires- pour dix-huit de Trévise (le Benetton, l’autre franchise italienne). Aujourd’hui, les deux franchises centralisent les meilleurs joueurs, des académies ont été créées il y a deux ou trois ans pour permettre d’accueillir les plus jeunes, mais tout cela est encore très neuf. D’autant qu’en Italie, la culture sportive au niveau scolaire n’est pas très ancrée, les structures de club sont limitées quand on sait que le Top 10 italien, le championnat d’excellence, équivaut à la Fédérale 1. Le réservoir de joueurs est forcément un peu limité, particulièrement à des postes particuliers. D’où la nécessité pour la fédération (FIR) d’imposer quelques règles : l’obligation, au niveau des deux franchises, d’évoluer avec des ouvreurs éligibles pour l’équipe italienne, avec seulement trois étrangers maximum sur la feuille de match. Là où tous nos adversaires irlandais ou écossais, qui ne bénéficient pas non plus de réservoirs importants, peuvent recruter à l’étranger. C’est une limite, mais c’est un investissement pour le futur."

Un avenir incertain…

"Cette centralisation des meilleurs joueurs est la méthode qui a été choisie et il faut la pousser. Maintenant, un nouveau président a été élu à la tête de la fédération (Alfredo Gavazzi, emblématique président du club de Calvisano, a succédé à Giancarlo Dondi, en poste depuis 1996, ndlr). Quelle va être sa politique, je n’en sais rien et la difficulté en Italie, c’est celle-là : parvenir à aller au bout des choses de manière suivie. Deux franchises ont été créées, quarante joueurs sont sous contrat et il convient d’améliorer encore l’ordinaire. Autant poursuivre dans cette voie, intégrer les meilleurs jeunes, c’est, pour moi, la meilleure solution. Je sais aussi qu’il existe des discussions autour du format de la Coupe d’Europe, qui pourraient remettre en cause, à terme, le système de qualification. Et si l’une des franchises venait à ne plus disputer soit la Celtic League, soit la H Cup, alors ça ne sert plus à rien."   

(*) A 55 ans, Christian Gajan, après être passé par les clubs de Toulouse, Rodez, Castres, Trévise, Fukuoka, Venise et Bayonne, et dont la dernière expérience avait eu pour cadre... la République Tchèque en tant que consultant, a posé ses valises en Emilie-Romagne. Nommé pour 2 ans Directeur technique de la nouvelle franchise de Zebre, placée sous l'égide de la Fédération italienne (FIR) et qui succéder à Aironi en Ligue Celte, le technicien occitan travaille en terrain de connaissance au sein d’un staff composé d’Alessandro Troncon, recordman des sélections avec la Nazionale (101 sélections) et de l’ancien talonneur Fabio Ongaro, qui a récemment mis fin à sa carrière internationale. Deux joueurs qui furent sous ses ordres à Trévise.  

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