Cette année post Coupe du monde, c'est l'exigence des All Blacks plus que jamais à la hauteur de leur titre mondial, avant de trébucher sur le poteau... 2012, c'est aussi le fracassant retour de Frédéric Michalak en haut de l'affiche ou encore l'omniprésence médiatique d'un Mourad Boudjellal annonciatrice de l'irrésistible montée en puissance du Rugby Club Toulonnais. Retour sur une année de rugby.
LE JOUEUR DE L'ANNEE :Frédéric MICHALAK
On a tout dit sur le retour fracassant de l'ouvreur français tout en haut de l'affiche au cours de ces douze derniers mois. De sa reconstruction dans l'hémisphère sud à son intégration parfaite à la galaxie des stars toulonnaises, en passant par son retour en grandes pompes chez les Bleus, Frédéric Michalak s'est imposé comme une évidence en club comme en sélection. A la différence des All Blacks Richie McCaw ou Dan Carter qu'il côtoyait sur la liste des nommés pour le titre de meilleur joueur IRB de l'année, l'ancien Toulousain, malgré une finale de Super 15, n'a pourtant accroché aucun nouveau trophée à son palmarès. Ses performances de l'année résonnent avant tout comme les promesses d'un avenir plus alléchant encore. Avec Toulon comme avec l'équipe de France, Michalak, 30 ans, a posé les premiers jalons d'une période de sa carrière qui pourrait, potentiellement, lui apporter la consécration suprême. (lire aussi : Michalak taille XXL)
L'EQUIPE DE L'ANNEE : Nouvelle-Zélande
Les lendemains de fête s'avèrent souvent difficiles. Pas pour les champions du monde néo-zélandais, sacrés devant leur public il y a un peu plus d'un an et dont "l'année d'après" s'est conjuguée sur le thème quasi unique de la victoire. Ni le légitime contrecoup de la reconquête du titre suprême, ni le passage de relais sur le banc entre Graham Henry et son adjoint Steve Hansen n'auront eu de prise sur ces All Blacks animés de la même soif de victoire. Une exigence dont Richie McCaw, premier joueur de l'histoire à atteindre le total hallucinant de 100 victoires en carrière internationale, reste le meilleur garant, même si l'IRB lui préférera de façon assez injustifiée son coéquipier Dan Carter, sacré joueur de l'année. Meilleur équipe, meilleur entraîneur, un collectif qui truste les honneurs et ouvre le palmarès du nouveau Rugby Championship (ou Four Nations), compétition survolée (6 matches, 6 victoires), avant de caler une première fois devant le rival australien (18-18), puis de trébucher sur la dernière levée d'une tournée européenne conclue sur la claque historique de Twickenham (38-21). Les héros ont aussi le droit d'être usés par cette année de tous les succès. McCaw l'a bien compris, lui qui, pour durer jusqu'en 2015, s'est octroyé six mois d'un repos sabbatique bien mérité.
LA POLEMIQUE DE L'ANNEE : Mourad BOUDJELLAL et la "sodomie arbitrale" (Clermont 25 - 19 Toulon, le 8 janvier 2012, 15e journée du Top 14)
Une saillie d'un goût aussi douteux ne méritait certainement plus la moindre publicité. Mais par-delà les propos sans doute outranciers en cette circonstance du président toulonnais, ce sont bien deux visions d'un seule et même sport, qui se seront cristallisées autour de cette polémique sur l'arbitrage devenue un prétexte pour Mourad Boudjellal et ses détracteurs. D'un côté l'ambitieux patron du RCT, bien décidé à bousculer les codes, de l'autre les tenants d'un rugby terroir, piqués au vif par cette pratique du coup d'état permanent et de la petite phrase poil-à-gratter, dont l'impétrant de la Rade est devenu dépositaire. Incarnation d'une dérive dangereuse pour les uns, héros moderne d'une discipline en pleine mutation, Boudjellal, à l'image d'un Max Guazzini en son temps, fait avancer les lignes et fait entrer le rugby français dans une nouvelle dimension. Le fossé avec une certaine idée d'un rugby ancestral ne fait que grandir. Les récentes (ré)élections de Paul Goze et de Pierre Camou respectivement à la tête de la Ligue nationale (LNR) et de la Fédération française (FFR) ont pour l'heure retardé l'entreprise de Boudjellal : "Remplacer le rugby-cassoulet par le risotto à la truffe".
LE MATCH DE L'ANNEE : Angleterre - Nouvelle-Zélande (38-21, test-match, le 1er décembre 2012)
Jugement forcément subjectif, comme l'est par essence l'ensemble de cette rétrospective, le meilleur match de l'année est aux yeux de la rédaction aussi le dernier test-match de l'année. L'Angleterre voudra y voir une promesse à trois ans de l'organisation de la prochaine Coupe du monde. On se contentera d'en faire la signature d'une année au cours de laquelle, on l'a dit, les All Blacks ont su prolonger l'aura retrouvée des champions du monde. Il s'en sera donc fallu d'un seul match pour que Richie McCaw et ses coéquipiers ne complètent pas une année pleine d'invincibilité. A Twickenham, après trois balades de santé face à l'Ecosse, l'Italie et le Pays de Galles, les Carter, Smith, Nonu et autre Savea ont à l'évidence déjà un pied dans l'avion. Face à un XV de la Rose, éjecté du Top 4 mondial et à ce titre déchu du statut de tête de série pour sa propre Coupe du monde, leur entame de match est pour le moins inquiétante. Menés (12-0) à la pause, sans le moindre point inscrit -une première au 21e siècle- les Blacks n'avaient justement plus concéder une aussi large défaite depuis le siècle dernier et un revers face à l'Australie (28-7) en 1999. C'est parce qu'elles sont rares que de telles déroutes de la meilleure équipe du monde marquent les esprits. Celle-là n'échappe pas à la règle (lire aussi : Le trou noir).
L'ESSAI DE L'ANNEE : Pierrick GUNTHER (Montpellier 25 - 32 Toulon, TOP 14 2012-2013, 5e journée, le 14 septembre 2012)
A en croire une chronique publiée cette semaine outre-Manche dans The Guardian, les équipes du Top 14 auraient perdu leur joie de vivre (en français dans le texte), où l'auteur n'hésite pas à qualifier de "honteux" le choix des clubs français du "pragmatisme plutôt que du flair." Si la critique n'est pas sans doute pas totalement infondée -une dernière phase finale sans le moindre essai n'a pas fait la meilleure publicité qui soit pour notre championnat- on ne saurait que trop conseiller à nos amis britanniques de jeter un coup d'oeil à cette folle sarabande entre Toulonnais et Montpelliérains qui, dès l'entame de la nouvelle saison, a prouvé que le championnat économiquement le plus attractif de la planète pouvait aussi produire du grand spectacle. 2'23" de pur bonheur et déjà à l'origine une relance dont... l'inévitable Frédéric Michalak a le secret.
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