Publié par Laurent Duyck le 18 juin 2012 à 15h04

Auradou: "Laissez-moi du temps"

Top 14

David Auradou s'offre un challenge excitant au sein de son ancien club. (stade.fr)

Auradou: "Laissez-moi du temps"

Après une première approche avortée, du temps de Fabien Galthié, l’intéressé souhaitant prolonger sa carrière de joueur, David Auradou est de retour au Stade Français. L’ancien deuxième-ligne international (40 sélections), parti en 2009 pour devenir directeur commercial, revient en qualité d’entraîneur des avants, sous les ordres de Richard Pool-Jones, avec lequel il a gagné deux de ses cinq titres de champion de France sous le maillot parisien.  Il nous explique cette décision prise après une semaine de réflexion.

Comment se sont passées vos retrouvailles avec le Stade Français ?
C’était relativement soudain et inattendu à l’instant T. Quand j’ai raccroché les crampons avec le Stade Français, on m’avait demandé si un jour je me voyais entraîneur de rugby. J’avais répondu : « certainement pas dans un autre club, si je dois l’être, ça sera ici ». Mais je me suis orienté dans une autre direction niveau professionnel. Quand Richard m’a appelé, j’étais sur d’autres dossiers. J’ai passé quelques nuits blanches. Je remercie Thomas Savare, que je connaissais peu mais que j’estime par-dessus tout pour tout ce qu’il a fait pour notre club et pour sa confiance.  C’est un énorme plaisir de revenir ici.

Attendiez-vous cette proposition ?
Pour être tout à fait honnête, non. Il y a six mois, Michael Cheika était reconduit pour une année de plus. Après, j’ai des contacts avec des joueurs, je connaissais un peu la tendance. Mais je n’étais pas dans l’attente de cette proposition.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de replonger ?
Ce qui me séduit, c’est que le challenge est énorme. C’est une équipe en reconstruction. Je ne doute pas trop des qualités des joueurs. Je ne doute pas trop de mes qualités à manager un groupe, notamment au niveau des avants. J’ai vu par ci, par là dans la presse, que l’on me reprochait mon inexpérience. Laissez un peu de temps et les résultats sportifs diront si je suis à la hauteur ou pas. La cohérence de ce projet m’a séduit, que ce soit entre les entraîneurs, mais aussi chez les joueurs. C’est un package qui me convient très bien par rapport à nos ambitions. Donc, croyez-moi, je serai à 100% dans mes nouvelles fonctions.

"Je suis David Auradou et je vais faire du David Auradou"

Le fait de retrouver Christophe Laussucq a-t-il pesé dans votre décision ?
Bien sûr. Que Christophe soit là, comme Richard, comme « Maniaque » (Alain Elias) au niveau du management, comme Alexis Savigny (responsable de la cellule médicale)… On a quelque chose à construire. Et c’est beaucoup plus facile quand il y a de la cohérence, donc du partage. Je pense que ça ira beaucoup plus vite pour se trouver, pour se dire les choses, quand on a vécu des aventures communes.

Cela semble vous agacer que l’on pointe votre inexpérience ?
Non, non, je ne suis pas agacé… Mais je ne suis pas le seul dans ce cas. A Toulouse, pour ne prendre que cet exemple, Yannick Bru, Jean-Baptiste Elissalde et aujourd’hui William Servat sont tout de suite devenus entraîneurs. Pareil pour Fabien Galthié à Paris… C’est vrai que dans mon cas il y a eu un delta de trois ans pendant lesquels j’ai amorcé une vie active. Mais je pense, au contraire, que ça enrichit l’homme. Je ne suis pas là pour faire un copier-coller de ce que font les autres. Je suis David Auradou et je vais faire du David Auradou. Et je sais très bien que si je ne suis pas bon, il y aura quelqu’un d’autre après moi.

Quels sont vos atouts ?
Je n’ai jamais entraîné à haut niveau mais je pense pouvoir compenser ça par un peu de bagages techniques. Je sais ce qu’est le haut niveau, comment ce club fonctionne en interne. Je suis responsable des avants, ça commence par touches, mêlées, renvois et défense. Même si j’ai été écarté des terrains pendant trois ans, j’ai quand même suivi le milieu rugbystique et tout ça n’a pas énormément évolué.

Vous aviez la réputation d’être un pénible sur le terrain. Allez-vous l’inculquer à vos joueurs ?
(rires) L’agressivité, le combat, ce sont les fondamentaux, la base du rugby. Mais je n’aurai pas grand-chose à apprendre à Pascal Papé dans ce secteur… On a de très bons joueurs dans ce domaine-là. Je pense plus que c’est une question de confiance. Et la confiance se gagne par le respect entre les joueurs, entre les coachs et les joueurs, avec des matches répétés du même calibre. Il y a pas mal de synergies à créer. Après, qu’est-ce que ça veut dire pénible ? Je crois à la pugnacité.

"C’est du piment, un gros piment (rires)"

Qu’a-t-il manqué à cette équipe la saison dernière selon vous ?
La continuité est ce qui a le plus manqué à cette équipe. Elle brillait un jour et prenait une raclée le week-end d’après. Pour moi, c’est un manque de confiance, un manque de sérénité. On connaît les maux. C’est une bonne chose de partir d’un postulat. Je ne dis pas que l’on va gommer ça du jour au lendemain, ça ne se règle pas d’un grand coup de baguette magique. Mais on peut travailler sur certains leviers, notamment la cohésion. Et après, c’est le terrain, week-end après week-end, qui nous dira où nous en sommes.  

Le Top 14 a-t-il changé en trois ans à vos yeux ?
Tous les matches se suivent et ne se ressemblent pas. Quand on regarde les matches de phase finale de la saison dernière et ceux de cette année, ça n’a rien à voir. Après, plus on avance et plus on se retrouve avec des joueurs de plus en plus prêts physiquement. Techniquement, je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu un bond en avant. Parce que c’est un championnat très sélectif, dans lequel l’objectif est de ne surtout pas descendre. Il n’y a plus trois équipes qui caracolent en tête, le ventre mou et les équipes assurées de descendre en fin de saison.

On comprend que la décision a été difficile à prendre. Que laissez-vous derrière vous ?
J’ai raccroché les crampons en 2009 pour me lancer dans la vie active. Ça faisait trois ans que j’étais directeur commercial (...). Du jour au lendemain – merci Richard ! (rires) – tout se bouscule. Tout est remis en question. Qu’est-ce que je laisse ? C’est simplement un choix de passion entre le rugby - les 15 meilleures années de ma vie passées au Stade Français, un projet superbe – et une autre vie où j’ai cherché à me construire, avoir des attaches, avec une vie de famille. Il y avait plein d’arguments dans un sens comme dans l’autre. La balance penchait d’un côté puis de l’autre, des choses qui font réfléchir. Mais le choix est fait et résolument bien fait. Ce qui m’amuse dans cette aventure, c’est la prise de risques certaine. Je suis relativement bien placé pour savoir le turn-over qui existe au Stade Français… Je sais très bien que l’on ne m’offre pas un CDI. Mais ça me donne encore plus de responsabilités dans ma mission. Il faut que l’équipe soit performante, c’est le deal en sport de haut niveau. On a chacun nos responsabilités. Finalement, on remet beaucoup de challenge et d’adrénaline dans une vie. C’est du piment, un gros piment (rires).

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