Publié par Sylvain Labbe le 19 septembre 2012 à 21h00

Bélie, l'autre 10 à suivre

Top 14

L'hécatombe de blessures chez les n°10 du Racing propulse Mathieu Bélie en première ligne.

Bélie, l'autre 10 à suivre

Si toute la France du rugby semble (re)découvrir que Frédéric Michalak a du talent, il est un autre demi polyvalent, ancien du Stade Toulousain, qui n'a pas hésité lui aussi à emprunter des chemins de traverse, avant de relever de nouveau le défi d'un prétendant au titre : au Racing, Mathieu Bélie se remet en danger. Et entend bien saisir sa chance.

"J'ai toujours estimé qu'il était l'un des meilleurs dix en France, voire dans le monde ; il a peut-être connu une période moins faste du fait de quelques mauvaises blessures et de l'enchaînement des matches. Maintenant, prouver qu'il pouvait aussi être performant dans l'hémisphère sud au poste de n°10, ça force le respect." Mathieu Bélie, qui évoque ici la carrière de Frédéric Michalak, a cinq ans d'écart avec l'international tricolore, et ces deux-là partagent une foule de points communs, qui relient deux trajectoires débutées sous le même maillot, mais qui toutes deux ont emprunté des chemins détournés, loin des sentiers battus, pour permettre de façonner ces deux talents d'exception. Et si alors que l'aîné a su se bâtir un riche palmarès, parmi les plus fournis de sa génération, le cadet attend toujours de goûter à son premier titre, il y a chez ces deux-là un parallèle qui, encore aujourd'hui, les conduit à resurgir en pleine lumière, loin de Toulouse, sous les maillots de deux des plus grosses écuries du Top 14, Michalak à Toulon et Bélie au Racing.

Déjà prêt à lui redonner les clés de l'équipe nationale, le rugby français, toujours en quête de l'ouvreur idéal, (re)découvre un Michalak plus mature à bientôt 30 ans et porté par l'armada toulonnaise au moment même où Bélie, à 24 ans, a su séduire à nouveau au Racing une grosse écurie du championnat. "J'ai dit très tôt à mon agent que j'avais envie de retenter ma chance dans un grand club", souligne le nouveau pensionnaire du club francilien qui, de Montauban à Brive, vient de connaître en trois ans une rétrogradation administrative en Fédérale 1, pour raisons financières, avec le MTG XV et une relégation en Pro D2 avec le CABC. "J'étais heureux que le Racing me contacte et je n'ai pas trop réfléchi. C'est un pari". Que les circonstances pourraient rendre d'autant plus gagnant que Bélie, propulsé en tant qu'ouvreur titulaire lors de dernière victoire du Racing à Bayonne (25-18), a l'opportunité de saisir sa chance après l'hécatombe qui a frappé les Ciel et Blanc au poste de n°10 (Wisniewski, Dambielle) et en l'absence de Juan Martin Hernandez, mobilisé avec les Pumas.

A son arrivée à Toulouse, Bélie est pour Michel Marfaing, "le 10 de demain"

A l'image du néo-Toulonnais de retour d'Afrique du Sud fort d'une nouvelle stature, Bélie vit un retour dans la lumière, peut-être moins médiatique, mais fondé sur le même espoir de tutoyer les sommets. Celui que Michel Marfaing en personne n'hésitait pas à désigner comme "le 10 de demain", doté comme Michalak d'une polyvalence qui lui permet d'évoluer à tous les postes des lignes arrières, a lui aussi fait sa mue, n'hésitant pas pour cela à tourner le dos avec une bonne dose de lucidité au Stade Toulousain. Sans regret, ni amertume, malgré des débuts prometteurs à tout juste vingt ans et un titre de champion de France 2008 qu'il se garde bien aujourd'hui de revendiquer. "Je ne considère pas avoir remporté le Brennus cette année-là", explique-t-il aujourd'hui sans détour, même s'il prend part cette saison-là à trois rencontres. "J'étais barré par une belle concurrence (Michalak, donc, mais aussi Elissalde, Skrela ou encore Kelleher), comme toujours au Stade, et je n'avais pas forcément le niveau pour m'imposer, il faut être réaliste. C'était soit m'entêter et continuer à jouer les seconds rôles à Toulouse. Ou soit tenter le pari d'un plus petit club et jouer au maximum en Top 14. Pour moi, c'était une évidence de partir".

J'ai l'impression d'avoir plus appris en un an à Montauban qu'en trois saisons Espoirs au Stade Toulousain

Mathieu Bélie (Racing-Métro 92)

Le bon choix, à l'entendre : "J'ai l'impression d'avoir plus appris en un an à Montauban qu'en trois saisons Espoirs au Stade Toulousain". Si pour lui, alors, "la clé, c'est le temps de jeu", ce n'est pas tout, soucieux qu'il est aussi de faire évoluer son jeu : "Je voulais pouvoir m'épanouir sous les ordres d'un entraîneur qui me faisait confiance et qui tenait un discours qui me plaisait parce que je n'aurais pas été n'importe où. Je dois beaucoup, c'est sûr, à Sébastien Calvet (Montauban), dont je savais la valeur en tant qu'homme comme en tant qu'entraîneur, et à Ugo Mola (Brive) avec lequel j'ai beaucoup échangé". Titulaire d'un Bac STT, mais aussi depuis deux ans de son brevet fédéral d'entraîneur, Bélie avoue "prendre le meilleur de chaque coach" et apprécie "voir ce qui se fait et se pratique ailleurs, m'ouvrir sur des idées nouvelles". Une ouverture d'esprit et une prise de risque qu'à la différence d'un Michalak, Bélie, souvent surclassé dans les catégories de jeunes, a su manifester très jeune.  

Aujourd'hui, à 24 ans, le joueur formé à Tournefeuille, recruté par Pierre Berbizier, mais séduit par Gonzalo Quesada, "qui a beaucoup d'idées, qui reste à l'écoute, cool, posé, sans nous mettre une pression inutile et n'est pas arrêté sur des schémas figés", est convaincu du bien-fondé de son plan de carrière : "Dans des clubs beaucoup moins huppés que le Stade, j'ai vraiment beaucoup appris et c'était le but. J'en suis aujourd'hui très content et je crois pouvoir dire que mes choix ont été les bons". Trois ans après son départ du Stade, il avoue même : "Le Racing me paraît plus professionnel que ce que j'ai eu la chance de connaître à Toulouse. Ici, tout est réuni. Un encadrement pléthorique et de qualité, des infrastructures impressionnantes avec ce nouveau centre d'entraînement et la perspective du nouveau Grand Stade, et puis des recrues de grande qualité chaque année... C'est forcément très motivant de rejoindre un club de cette envergure-là". Où comme à Toulon, "il va y avoir une grosse concurrence...", en dix comme en neuf avec Descons et Machenaud.  

Comme Michalak encore aujourd'hui dans le Var, Bélie "mêle vraiment les deux postes. J'ai été formé à l'ouverture. Cela fait peu de temps que j'évolue à la mêlée et je me plais aux deux postes. Je n'ai pas de préférence et je prends du plaisir à l'ouverture comme à la mêlée". Et là aussi les deux demis semblent liés par la même conception de leur poste : "Michalak a toujours été bon, que ce soit en neuf ou en dix. Je n'ai pas l'impression que ça l'ait desservi. Il n'est pas devenu le remplaçant idéal..." Une condition à laquelle aujourd'hui ni l'un ni l'autre n'aspirent. On l'aura compris.

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