Propos recueillis par Sylvain LABBE (Avec A.B) le 5 août 2012 à 13h30

Boniface: "L'argent ne fait pas tout"

Top 14

André Boniface, dit ''Boni'', fut sacré champion de France en 1963 avec son frère Guy sous les couleurs du ''Moun''. (Maxppp)

Boniface: "L'argent ne fait pas tout"

Figure éternelle et mythique avec son frère Guy d'un Stade Montois, qui effectue cette saison son retour dans l'élite, André Boniface, loin de céder à un quelconque défaitisme, veut croire aux chances de maintien du club landais. Pour peu que les Montois compensent leur manque de moyens en perpétuant l'état d'esprit et l'idée d'un jeu ouvert et offensif.

André, Mont-de-Marsan a renversé les pronostics de la Pro D2 la saison dernière. Mais cette remontée dans l'élite est-elle vraiment raisonnable ?
Moi, elle me procure beaucoup de bonheur parce que c'est le rugby montois qui se perpétue. On a réussi une finale de Pro D2 superbe face à Pau dans l'esprit, ce qui échappe beaucoup au rugby actuellement, avec un jeu de passes ; on a abordé ce match la fleur au fusil, avec notre esprit montois, basé sur le déplacement de jeu. Ça s'était déjà produit en demi-finales contre Dax, la différence était énorme entre l'état d'esprit dacquois très accrocheur, un peu à la limite de la virilité. Alors que Mont-de-Marsan continue dans notre état d'esprit, cinquante ans après, je trouve ça formidable ; c'est formidable que cet état d'esprit pousse toujours dans notre stade.

Lyon, qui possédait la saison dernière des moyens autrement plus importants que Mont-de-Marsan, a échoué dans sa quête du maintien. C'est une mission impossible...
Tout le monde me dit qu'en Top 14, ce sera une galère. Mais ce n'est pas sûr. Parce que quand on ne joue pas comme les autres, on peut les surprendre. Aujourd'hui, tout le monde joue pareil, le rugby est stéréotypé. L'important, c'est de faire les choses que ne font pas les autres. On n'a pas d'argent, mais l'argent ne fait pas tout. Les mecs sont pros aujourd'hui, mais ils ne jouent pas beaucoup mieux qu'autrefois. On sait que tout est une question d'état d'esprit. Et Mont-de-Marsan possède un très bon état d'esprit.

"Pour la ville, c'est formidable !"
Selon vous, le Stade aurait donc d'autres moyens pour se stabiliser contre toute attente dans ce Top 14 de plus en plus concurrentiel ?
Je pense que cette saison sera décisive et tout dépendra de notre entame de saison. Si on réussit de bons résultats, après tout peut s'enchaîner. Il ne faut pas en revanche qu'on perde d'entrée parce que tout le monde viendra à Mont-de-Marsan pour gagner par n'importe quel moyen. Ils viendront gagner avec six pénalités contre deux essais, ce que je trouve gravissime. Maintenant, les gens jouent pour aller chez l'adversaire, provoquer des fautes et provoquer des pénalités. On a vu des demi-finales (du Top 14) avec une quarantaine de points et pas un seul essai. Je trouve ça dramatique. Et qu'on ne me dise pas qu'on ne peut pas jouer. Je regarde le Super 15, c'est merveilleux, des passes sans arrêt, des redoublements, des essais de quatre-vingt mètres: on peut encore jouer au rugby, mais c'est un état d'esprit.

Que représente cette remontée dans l'élite pour Mont-de-Marsan ?
Pour la ville, c'est formidable ! Le maire de la ville, qui est la femme d'un ancien joueur (Mme Darrieusecq, ndlr), est la plus grande supportrice du club ; elle vibre, elle est debout avec le ballon au bout des doigts. C'est fabuleux. Tout le monde vit à travers le rugby. Il n'y a pas grand-chose dans cette ville. J'y ai passé cinquante ans. Quand j'y vais, je me dis: "S'il n'y a pas le rugby, il n'y a pas grand-chose à voir." C'est une ville un peu retirée, qui vit en elle-même, avec quelques valeurs, les corridas... Mais le rugby tient une place prépondérante. On nous dit: "Vous n'allez pas tenir parce que vous n'êtes pas riches !" Mais si on est riches, nous ! On est riches par l'esprit et tout ce qui s'est passé dans ce club. Les Palois étaient très riches, ils avaient mis tout l'argent de côté, ils étaient capables de monter financièrement, mais ils avaient oublié une chose, c'est qu'il fallait monter sur le terrain. Alors je leur ai dit: "L'argent que vous avez économisé, vous nous le donnez, on va s'en servir ! (rires)"

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