Publié par Sylvain Labbe le 9 août 2017 à 11h35

Kayser: "Le rugby devient complètement débile !" 

Top 14

Benjamin Kayser et les Clermontois ont soulevé la saison dernière le Brennus au terme d'une phase finale où l'on a probablement dépassé la limite de la violence... 

Kayser: "Le rugby devient complètement débile !" 

Un "Grenelle de la santé des joueurs pros" est annoncé par la LNR après une dernière saison marquée par une violence toujours plus grande des impacts. Notre site vous propose à travers deux grands témoins de se pencher cette semaine sur cette menace qui pèse sur le jeu. Champion de France avec l’ASM, Benjamin Kayser dit son expérience…

Benjamin, vous rendez-vous compte sur le terrain que les impacts et les collisions deviennent de plus en plus rudes et violents ?
(il coupe) Le rugby devient complètement débile, c’est une certitude ! Qu’est-ce qu’il faut faire ? Je n’en sais rien. Est-ce qu’il faut laisser les mecs se reposer plus ? C’est certain. Est-ce que c’est le cas ? Absolument pas (*). Après, le Top 14, c’est quelque chose de spécial, mais quand on voit l’intensité des barrages, des demis et tout, ça a été assez foudroyant. Donc, oui, c’est dangereux. Je pense que la clé, ce n’est pas d’essayer de changer ce sport. La clé, c’est d’être bien arbitré, et on l’est de mieux en mieux, mais surtout c’est de laisser du repos au type. (il insiste) Du repos ! Tu as  pris un avion dans la tête, il te faut trois semaines, un mois, mais sans avoir la pression d’avoir à rejoué la semaine suivante. Mais c’est toujours pareil, c’est un choix de riches… Quand les mecs peuvent se le permettre, on le fait. Mais j’ai trop peur du mec qui, sous la pression du résultat, va prendre un coup, va serrer les dents, ne rien dire, en prendre un deuxième parce que c’est plus important que lui. C’est ce qui me fait peur, donc peut-être faut-il relâcher la pression du résultat et augmenter les plages de repos. Mais je ne pense pas que ce soit d’actualité, malheureusement.

"J'ai envie de dire que le stage est terminé. Maintenant on va passer aux choses sérieuses"
Reprise du TOP14, dès le 26 Août sur CANAL+ pic.twitter.com/v5Tb8RS68a

— Canal Rugby Club (@CanalRugbyClub) 8 août 2017

Ça signifie que, sur le plan physique, les lendemains des matches sont de plus en plus durs ?
Physiquement, c’est beaucoup plus dur parce que tous les matches sont plus homogènes. Il y a toujours eu des matches très, très durs. Des matches peut-être même pires que maintenant parce qu’il y avait vraiment des coups bas et c’était plus dur. En revanche, le week-end suivant, ça n’était jamais aussi dur, à moins d’être en phase finale et d’enchaîner demi-finale, finale. Là, tous les matches sont durs tout le temps, tout le temps. Et les clubs italiens en Coupe d’Europe comme les derniers dans le championnat de France. Donc tous les matches sont durs tout le temps et c’est pour ça qu’on ne redescend jamais.

Vous avez le sentiment qu’on attend quelque chose de grave pour agir véritablement ?  
 Non. Ce n’est pas vrai parce qu’il y a eu des trucs extrêmement graves par le passé. Le sujet des commotions mérite forcément d’être pris à bras le corps. Mais ce qui est dur, c’est de changer les mentalités. Pour que le joueur n’ait plus peur de dire : « J’ai pris un coup sur la conque, je ne me sens pas bien et sortons ! » Quand les impératifs sont aussi nombreux, c’est difficile. Et c’est pour ça que c’est un choix de riches. Donc on n’attend pas un blessé grave, on attend qu’une gouvernance choisisse de mettre ce sujet au premier rang de ses priorités.       
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(*) Un avenant à la convention FFR/LNR a dès cet été, permis un élargissement de la liste « Groupe France » à 45 joueurs, et une prolongation de l’intersaison - sans match amical ni officiel – à 10 semaines.     

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