Publié par Richard Burgan le 12 janvier 2012 à 19h09

Le Stade Français en prison

Top 14

Vêtus d'une chasuble bleue, les détenus de la prison de Fresnes ont fait face aux Stadistes. (Crédit: DISP Paris).

Le Stade Français en prison

Le Stade Français a organisé une animation rugby le 20 décembre dernier auprès des détenus de la prison de Fresnes, la deuxième opération d’un cycle qui devrait se poursuivre au printemps prochain. En partenariat avec la Fédération française de rugby, le club parisien a permis aux détenus de découvrir les valeurs du rugby au contact de trois de ses joueurs professionnels.

Le Stade Français a réouvert les portes de la prison de Fresnes. Pour la deuxième fois après le 13 octobre 2011, le club parisien a permis à certains détenus de la prison francilienne de goûter aux valeurs du rugby. Thibaut Le Bail, responsable de cette opération au sein du club parisien, et Eva Hamzaoui, référente sport à la direction interrégionale des services pénitenciers de Paris, sont revenus sur la nature et le bénéfice des échanges noués entre détenus et joueurs. Cette deuxième opération du genre a même permis à certains prisonniers d’assister à la rencontre de la 13e journée de Top 14 entre le Stade Français et Biarritz (23-10) au Stade Charléty trois jours plus tard.

Les joueurs présents
Trois Stadistes ont pris part à cette opération: le talonneur Rémi Bonfils, le pilier Francisco Nahuel Tetaz et le troisième ligne Arthur Chollon. Initialement conviés, Pascal Papé et David Attoub n’ont pas été sollicités en raison de leur intégration au groupe parisien pour le match contre Biarritz trois jours plus tard. "Cette opération coïncidait avec le jour off du groupe constitué pour le match de vendredi. En plus, la cour de la prison de Fresnes sur laquelle nous avons joué est recouverte de béton lisse qui était un peu humide ce jour-là donc il pouvait y avoir un léger risque de blessure, a indiqué Thibaut Le Bail. Présent lors de la première manifestation, David Attoub m’avait dit: "franchement, c’était génial, je veux revenir". A ce moment-là, Pascal Papé était à la Coupe du monde. Comme ils s’entendent très bien, David m’a dit qu’il se réjouissait de pouvoir revenir avec Pascal. Mais le staff a souhaité les préserver pour le match de vendredi."

 

Le cycle rugby à la prison
La venue des joueurs du Stade Français a permis de donner du relief au cycle rubgy organisé au sein de l’établissement pénitencier. "Un intervenant vient donner des cours de rugby à une trentaine de détenus chaque vendredi pendant deux heures, détaille Eva Hamzaoui. Il s’agit de Benoît Nieto, entraîneur et intervenant au comité départemental de rugby dans le Val de Marne. Ce cycle hebdomadaire est ponctué par des événements qui sortent de l’ordinaire comme la venue des joueurs du Stade Français et qui offrent une véritable ouverture sur l’extérieur."

 

Le format du tournoi
"Ça a pris la forme d’un touch-rugby, on touche le porteur de balle à deux mains ce qui permet d’éviter les plaquages et donc tout risque de blessure, a justifié Thibaut Le Bail. Un joueur professionnel a été intégré à chaque équipe pour pouvoir donner des repères aux détenus sur le terrain. Le tournoi a vu s’affronter cinq équipes de six joueurs, quatre titulaires et deux remplaçants avec phase finale dans la foulée. On a conclu cette série de rencontres par un "match de gala" pour que les détenus puissent se retrouver au sein d’une même équipe face à celle du Stade Français."

 

La nature de l’échange
Afin de mieux percevoir le ressenti des détenus à l’issue de leurs discussions avec les joueurs, Eva Hamzaoui a reçu un retour de la part du moniteur de sport qui les suit. "Ils ont échangé avec les joueurs du Stade Français sur le statut de joueur professionnel et sur leur vie à l’extérieur en tant que sportif de haut niveau. C’est ainsi que Thibault Le Bail a confié que les échanges entre joueurs et détenus avaient aidé à renforcer les ambitions de ces derniers. "Quand on est venu le 13 octobre, il y a notamment un détenu qui nous disait: "Je vais bientôt sortir, est-ce que je pourrai aller jouer au rugby?" Il est finalement sorti, il a acheté des places pour venir voir jouer le Stade Français et il est en passe de s’inscrire dans un club."

L’état d’esprit des détenus et joueurs
Pour Eva Hamzaoui, le détenu ne peut que s’enrichir d’une rencontre réelle avec un sportif. "La personne détenue peut échanger avec lui et partager autour des valeurs du sport. Le tournoi leur a permis de travailler sur l’esprit de groupe, la solidarité, le dépassement de soi et le respect de l’arbitrage." Responsable de l’opération au Stade Français, Thibaut Le Bail assure que cette initiative a compté aux yeux des joueurs: "Ils ont eu plaisir à offrir aux détenus des valeurs de solidarité, de convivialité et un peu d’empathie. Nous leur avons aussi apporté des affiches et des drapeaux. Les joueurs se disent qu’il est surtout bien de donner une journée de leur temps pour apporter un peu de bonheur à ces personnes et les aider à se réinsérer."

 

L’avenir du partenariat
En dressant un bilan positif de cette deuxième opération, Thibault Le Bail affirme que le Stade Français n’exclut pas de venir à nouveau à la prison de Fresnes dans un avenir proche. "Tout s’est bien passé, a-t-il confié. Il y a donc de très fortes chances pour que l’on fasse une nouvelle apparition à Fresnes au printemps."

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