Propos recueillis par Sylvain LABBE le 7 juin 2012 à 11h18

Novès: "Quelque chose en moi..."

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Novès disputera samedi sa 12e finale de championnat avec le Stade. (Maxppp)

Novès: "Quelque chose en moi..."

Neuf titres de Champion de France pour onze finales jouées: c'est l'exceptionnel ratio de Guy Novès qui, samedi encore, sera à la tête du Stade Toulousain, de nouveau au rendez-vous du Stade de France face à Toulon. Loin de toute nostalgie, le manager plaide avant tout pour la victoire, quel que soit la manière. Et livre une part du secret de sa réussite...

Guy, après tant et tant de finales gagnées, comment parvenez-vous à ne pas vous lasser ?
C'est quelque chose qui est en moi. C'est une passion. Je vis avec des groupes et des joueurs qui, en neuf finales, ont représenté des générations différentes. J'ai la sensation, d'une part, que les choses évoluent en permanence, qu'on est sans cesse en progrès, que le club derrière moi travaille très dur, que je collabore, à mon sens, avec les meilleurs à leurs postes, que j'ai choisis, et d'autre part, je n'ai pas envie de les décevoir. Je n'ai pas envie de décevoir les joueurs et il y a un retour dans cet état d'esprit puisque les joueurs n'ont pas envie non plus de me décevoir.

Quels enseignements tirez-vous des deux confrontations cette saison avec Toulon, dont la seconde a été qualifiée par vos soins d'humiliante ?
Difficile de tirer une quelconque leçon de la première en tout début de saison, à cette époque, les équipes sont très loin d'évoluer à leur meilleur niveau. Mais le match que nous avons livré et perdu à Toulon de pas grand-chose (25-22), lorsqu'on gratte un peu la physionomie du match, on se rend compte que Wilkinson avait raté énormément de points et que surtout la seconde période avait été un véritable calvaire pour nous puisqu'on avait été emportés en mêlée notamment et dans le combat. Donc il est vrai que personnellement mon staff et moi sommes marqués au fer rouge par cette mi-temps-là. Si nous nous présentons samedi dans l'état d'esprit de cette seconde mi-temps, Toulon gagnera facilement.

"Une finale, il y a la réalité et ce qu'on en fait"

Même si vous vous refusez à être l'homme du passé, on ne peut s'empêcher de convoquer le souvenir de la finale de 1985 entre Toulouse et Toulon (36-22, a.p.) avec ses huit essais inscrits. Peut-on rêver aujourd'hui d'une telle apothéose ?
Une finale, il y a la réalité et ce qu'on en fait. En 1985, à la fin du temps réglementaire, Cauvy tape un drop qui passe au ras des poteaux, s'il le met, Toulon a gagné, Toulon est champion de France, il n'y a pas de prolongation et il n'y a pas de belle finale. La belle finale de 1985 vient du fait qu'après cette course-poursuite tout le long du match, avec beaucoup de coups de pied, très peu de mouvement, notre équipe a pris le dessus physiquement sur Toulon, qui a explosé. Et ça a donné une envergure à cette finale, qui reste encore aujourd'hui dans l'esprit des plus anciens. On ne peut pas imaginer que la finale de samedi soit de ce style-là. Parce que les joueurs sont plus costauds, que le rugby va beaucoup plus vite qu'avant et les espaces sûrement moins importants. Espérons que le spectacle sera celui que l'on peut faire en 2012.

La performance de votre équipe en demi-finale face à Castres (24-15) est-elle de nature à vous rassurer ?
Il y a des choses sur lesquelles on peut s'estimer rassurés: est-ce qu'on était prêts pour jouer après trois semaines d'arrêt ? On a vu que oui. Est-ce l'état d'esprit était celui d'une phase finale ? On a vu qu'à treize contre quinze, puis quatorze contre quinze, on a été présents avec une débauche d'envie et d'énergie pour compenser l'absence de deux joueurs. Est-ce qu'on était prêts à pratiquer un jeu capable de déstabiliser les Castrais ? Par moments, pas toujours, donc on est restés sur notre faim de ce point de vue-là. Mais quand on gagne une demi-finale, est-ce qu'on va se rappeler si on a pratiqué un superbe rugby, ou non ? Aujourd'hui, on est en finale. A l'heure de disputer personnellement cette douzième finale, je n'en suis plus à régaler tout le monde. On aimerait qu'il y ait du spectacle, mais ce qu'on aime surtout, c'est gagner.

L'issue idéale à cette saison si difficile, eu égard à la Coupe du monde et aux nombreuses absences de vos internationaux, serait de produire un match enfin plein ?
Cette apothéose, on l'a touché par séquences cette saison avec des matches lumineux. Réaliser une finale en produisant du jeu de qualité et gagner, tous les entraîneurs en rêvent. Prenez l'exemple de Montferrand: est-ce que Montferrand avait besoin de pratiquer le jeu qu'il a pratiqué sous la pluie pour pouvoir gagner ? Je n'en suis pas si sûr. Est-ce que Montferrand n'aurait pas dû être plus restrictif dans son jeu pour pouvoir s'imposer dans cette demi-finale ? J'ose dire: « Peut-être que oui. » Le haut niveau, savoir s'adapter à l'adversaire et aux conditions, c'est la règle importante dans ce rugby moderne.

Onze finales, neuf titres: c'est quoi le secret ?
Je pense que c'est aimer les gens. Pas simplement aimer les joueurs, mais aimer les personnes qu'on côtoie quotidiennement, avoir envie de leur apporter et leur donner. Souvent on reçoit, mais pour recevoir, il faut beaucoup donner. C'est une forme d'amour sûrement différente que celle qu'on a avec sa propre famille, sa femme ou ses enfants. Mais il fait savoir aimer les gens. Et quand on sait aimer les gens, on s'entoure des meilleurs et alors on a plus de chances que les autres de gagner.

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