Publié par Christophe Lemaire le 6 septembre 2012 à 19h47

"Le spectacle arrivera tôt ou tard"

Top 14

Malgré l'application difficile des nouvelles règles en Top 14, Pierre-Yves Revol tient à rassurer sur l'état de santé du rugby français. (Maxppp)

"Le spectacle arrivera tôt ou tard"

La Ligue nationale de rugby a rassemblé ce jeudi les principaux acteurs du Top 14 pour lancer, de façon très protocolaire alors que les trois premiers actes ont déjà eu lieu, la saison 2012-2013. A cette occasion, son président, Pierre-Yves Revol, toujours indécis sur sa volonté de postuler à nouveau mandat à la tête de la LNR, dresse un bilan de santé de rugby professionnel.

Président, le Top 14 est agité par le débat sur les nouvelles règles qui nuiraient au spectacle du championnat. Que peut faire la Ligue ?
Je veux rappeler que les nouvelles règles sont instaurées par l’IRB (International Rugby Board, ndlr). Elles dépassent de loin le cadre franco-français. On l’oublie un peu. Ensuite, l’arbitrage est une compétence fédérale. Une nouvelle réunion d’étape est prévue entre les acteurs le 31 octobre. Il y a des débats et il y en aura encore, notamment le 31 octobre lors de la réunion d’étape de la CCA (la commission centrale des arbitres de la FFR, ndlr) qui conviera les entraîneurs du Top 14 pour discuter de cela.

Ne faut-il pas revenir en arrière ?
Les gens ont la mémoire un peu courte. La saison dernière, les journalistes et les acteurs étaient les premiers à remettre en cause l’arbitrage en mêlée parce que les matches étaient amputés d’une bonne partie de leur temps à cause des mêlées refaites. Aujourd’hui, les nouvelles règles sont en application, et sont strictement suivies. Les mêlées écroulées ne sont plus refaites. C’est ce qui était souhaité pour accélérer le jeu. L’histoire des commandements, c’est l’IRB. On s’y adapte donc, même si cela prend du temps. J’observe d’ailleurs que nos équipes s’adaptent bien à l’arbitrage anglo-saxon en Coupe d’Europe. Donc, quand les joueurs français veulent s’adapter aux règles, ils savent le faire. Par ailleurs, il serait parfaitement utopique et difficilement solvable d’exiger une réglementation nationale.

Constatez-vous toutefois la baisse du spectacle qui est imputée à ces règles ?
On ne marque peut-être pas beaucoup d’essais mais je n’ai pas souvenir qu'il y a eu beaucoup d’essais lors de la finale de la Coupe du monde. Plus les matches sont importants, plus ils sont tendus. Plus l’enjeu est important, et plus la prise de risques peut être limitée. D’ailleurs, en faisant un parallèle, l’an dernier, on nous reprochait le peu de spectacle parce que beaucoup trop de mêlées étaient refaites aux dépens du temps de jeu. Cette année, il y a peut-être un peu moins de spectacle en mêlée, mais il me semble que cela va fondamentalement dans le sens du spectacle et permet d’accélérer la vitesse du jeu. Donc, gardons-nous de tirer des conclusions hâtives.

"On est un peu plus compliqués que les autres"

Ne craignez-vous que ces changements lassent le public ?
On verra sur la durée si cela provoque une désaffection. Mais je n’ai pas l’impression que ce soit le cas pour l’instant. Il est évident qu’il faut un petit temps d’adaptation. C’est la spécificité du rugby de changer de règles assez fréquemment. On est un peu plus compliqués que les autres mais je suis persuadé que les choses vont entrer dans l’ordre. Et puis, vis-à-vis du public, la passion et l’enjeu ont autant d’impact sinon plus que le nombre d’essais marqués. Le spectacle finira de toute façon par arriver, tôt ou tard.

Au-delà de ces actualités, comment se porte le rugby professionnel en France ?
Il y a beaucoup d’interrogations sur la qualité du jeu, sur l’arbitrage, mais il faut revenir à l’essentiel. En l’espace de cinq années, en Top 14 ou en Pro D2, les affluences ont progressé de façon considérable. On est passé de 11000 à 14000 spectateurs en moyenne par match dans l’élite. Dans le même temps, je constate, a contrario, que le football est passé de 22000 à 19000 spectateurs. Le différentiel se réduit chaque année et les courbes sont en train de se croiser. Par ailleurs, la fréquentation augmentant, nos enceintes étant ce qu’elles sont, les clubs ont besoin, pour accueillir un public plus vaste, de faire appel à des enceintes plus vastes. Cette saison, on s’attend donc à une trentaine de délocalisations contre 21 la saison dernière.

Vous comparez football et rugby. Quelles différences entre ces deux sports ?
Même si la passion nous entraîne dans des débats parfois virulents, le rugby conserve une identité très forte. Ce jeudi, tous les capitaines sont réunis en un même endroit. On a un esprit collectif, des joueurs qui sont les premiers concernés et qui respectent totalement l’arbitrage. Je n’ai pas encore vu un joueur interpeller avec virulence un arbitre sur un terrain. Quoi qu’on en dise, le respect de l’arbitre existe toujours dans le rugby. Tout ça plaît au public, sans oublier la convivialité dans les stades. Aujourd’hui, vous allez voir le rugby en famille et puis les publics se mélangent.

Le modèle proposé par le rugby semble toutefois s’essouffler. Êtes-vous d’accord ?
On assiste à une stabilisation des budgets après plusieurs saisons de hausse. Étant donné le contexte économique actuel, il est normal que notre sport soit aussi touché. L’économie générale du rugby est arrivée à maturité. Avant la renégociation des droits télé qui interviendra d’ici deux ans, le fait de maintenir les ressources de la Ligue reversées aux clubs et que les clubs maintiennent leur budget, c’est déjà belle une performance. Ce mouvement de stabilisation devrait perdurer les deux prochaines saisons.

"Candidat à ma succession ? Peut-être que oui, peut-être que non"

Serez-vous candidat à votre propre succession à la tête de la Ligue nationale de rugby ?
Je ne sais pas à vrai dire. La fin du dépôt des candidatures est fixée au 29 septembre. Je me déciderai donc à la fin du mois. Peut-être que oui, peut-être que non. Cela dépendra essentiellement de différents arbitrages personnels et professionnels. Si jamais je dois être candidat, il faut que je sois sûr de consacrer à ces fonctions le temps nécessaire car les enjeux deviennent plus importants pour les clubs. Cela nécessite de l’énergie.

Si d’aventure vous vous déclarez et êtes réélu, sur quel point pourriez-vous axer votre mandat ?
Quelle que soit la décision du comité directeur, les enjeux sont simples. Il y a premièrement la réforme des Coupes d’Europe. Cela prendra un petit bout de temps mais il est probable que ce soit entériné par le prochain Comité directeur. Un point majeur, c’est la renégociation du contrat qui lie la Ligue nationale et la Fédération française de rugby pour quatre ans. Cela concerne toute l’organisation sportive, la mise à disposition des internationaux, les flux financiers. C’est un chantier important pour les clubs et l’équipe de France. Le prochain mandat devra également prendre en main les droits télé, puisque le contrat avec Canal+ arrive à échéance dans deux saisons. Je souhaite une revalorisation de ces droits auxquels le rugby professionnel français peut prétendre.

Aujourd’hui, aucun autre candidat ne s’est déclaré. Est-ce à dire qu’il y a unanimité en votre faveur, et regrettez-vous l’absence de débats ?
Si je choisis de ne pas me représenter, je ne me fais pas de souci. Je pense qu’en son sein, le rugby professionnel aura des candidats de valeur. S’il n’y a pas eu d’autres candidatures, c’est peut-être parce que je n’ai pas encore pris position. Mais je suis persuadé qu’il y en aura si jamais je ne me représente pas.

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