Propos recueillis par SYLVAIN LABBE, à Marcoussis le 21 février 2012 à 21h07

Gare à l'asphyxie !

VI Nations

Dusautoir et Bonnaire espèrent surfer sur les acquis de la Coupe du monde. (Reuters)

Gare à l'asphyxie !

Trois semaines après la victoire face à l'Italie, Philippe Saint-André craint le manque de rythme de l'équipe de France à l'heure d'aller défier dimanche, à Murrayfield, des Ecossais au gros coeur et diablement joueurs. Les Bleus, et notamment les Mondialistes, qui espèrent surfer encore sur les acquis de la Coupe du monde, vont monter dans les tours. Pour un solide test de résistance.

"Stade Français-Toulon, ça a été 26,22 minutes de temps de jeu effectif, le match Galles-Ecosse, ça a été plus de 46 minutes !" Du Top 14 au Tournoi des Six Nations, il y a un monde que Philippe Saint-André mesure, passé du banc toulonnais à celui de l'équipe de France, brandit comme un avertissement sans frais à l'heure d'aller défier dimanche les coureurs de grand fond écossais. Chronomètre en bandoulière, "PSA" met en garde ses troupes: "Le niveau des Six nations, c'est 40 minutes et au-delà... Ecosse-Angleterre (6-13), c'était un peu plus de 42 minutes. En fin de première mi-temps, sur le match Galles-Ecosse (27-13), les Ecossais tiennent le ballon plus de 4,20 minutes. Là, où face à l'Italie, on a eu du mal à conserver le ballon sur des actions de plus de 1,30 minute." Un sacré différentiel !

A Murrayfield, les Bleus, dont certains n'ont plus joué depuis trois semaines et la victoire face à l'Italie (30-12), n'ignorent rien du danger qui les guette et de l'habituelle dimension physique de ces confrontations face aux joueurs du Chardon. "Il y a chez nous des joueurs qui n'ont pas joué depuis deux, trois semaines, donc il va falloir s'accrocher, témoigne l'arrière tricolore Maxime Médard, concerné au premier chef. Il va falloir être prêt collectivement et s'entraider sur le terrain pendant le match. [...] Après trois semaines sans match, je pense avoir un peu de mal. Mais on va s'accrocher... Si on est dans le rouge, ce n'est pas plus mal. Et on va l'être très rapidement." C'est un fait.

Philippe Saint-André a récupéré un groupe aux profils physiques hétérogènes. "On a la chance que beaucoup de clubs aient fait reposer leurs internationaux, apprécie le sélectionneur. Même si on comprend la problématique des autres clubs en difficulté." Et de détailler ce paysage très contrasté: "Dimanche, on avait vraiment trois groupes. On avait neuf joueurs qui avaient une fraîcheur physique et mentale exceptionnelle parce qu'ils n'avaient pratiquement pas joué pendant quinze jours, il y en avait huit ou neuf très fatigués parce qu'ils avaient joué 80 minutes la veille et d'autres qui n'avaient dans les jambes que quelques temps de jeu. [...] L'important, c'est de trouver une uniformité dès mercredi."

Saint-André: "Savoir si les joueurs n'ont rien perdu de la 'caisse'..."

Dans cette optique, les acquis de la préparation à la dernière Coupe du monde seront forcément bienvenus pour peu qu'ils survivent encore chez les Mondialistes. "Je l'espère", lâche le trois-quarts Aurélien Rougerie. Sinon, ce n'est pas bon signe." Philippe Saint-André en attend la preuve dimanche, à Edimbourg: "Ce sera un gros test pour nous dans la stratégie, dans le un contre un, mais aussi pour savoir si les joueurs n'ont rien perdu de la 'caisse' qu'ils avaient durant la Coupe du monde." Pour la simple et bonne raison que "les Ecossais tiennent le ballon dans des zones et des limites de fatigue auxquelles on n'est pas habitués." La faute notamment à un Top 14 où les enjeux prennent trop souvent le pas sur le jeu.

"On sait qu'à un moment donné, quand tu arrives dans le rouge, tu perds en lucidité, ton lancer est moins bon, ta qualité de passe n'est pas la même, détaille "PSA". Il faut s'adapter à ça. Ce sera intéressant de savoir si les Mondialistes ont gardé les mêmes qualités physiques et de VMA." Pour les autres, la semaine d'entraînement est aménagée en conséquence (voir par ailleurs). Pour ne pas flirter trop dangereusement avec ces fameuses zones rouges, la meilleure parade sera encore pour les Bleus de tout mettre en oeuvre pour imposer leur jeu: "Le meilleur moyen pour qu'ils n'aillent pas dans ces zones-là, c'est d'être très agressifs dans les un contre un et d'être capables de les faire subir sur les premiers impacts, d'essayer de récupérer des ballons très rapidement." Sans quoi, ce XV de France pourrait rapidement se retrouver en dette d'oxygène.

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