Publié par Sylvain Labbe le 11 novembre 2017 à 07h25

Dusautoir: "Les Bleus me font de la peine"

XV de France

Le 17 octobre 2015, Thierry Dusautoir honorait sa 80e et dernière sélection à l'occasion du quart de finale de Coupe du monde face aux All Blacks (62-13).

Dusautoir: "Les Bleus me font de la peine"

Deux ans après sa retraite internationale au soir d’une terrible déroute en Coupe du monde face aux All Blacks, Thierry Dusautoir, aujourd’hui retiré des terrains, avoue souffrir devant le triste spectacle d’un XV de France en souffrance. 

Thierry, on imagine que vous avez souffert cet été à voir l’équipe de France enchaîner trois défaites en trois tests face à l’Afrique du Sud… (*)
Oui, c’est dur parce qu’on oublie souvent quand on est spectateurs que ceux qui souffrent le plus de ce genre de résultats négatifs ce sont les joueurs et l’encadrement. Parce qu’ils n’arrivent pas à concrétiser et à transformer tout leur travail en quelque chose de positif avec des victoires. Ça fait naître beaucoup de frustration et de déception. Et puis quand tu déçois les attentes de tes supporteurs, ce ne sont jamais des moments simples à vivre. Donc, oui, ça me fait de la peine de les voir dans cette situation-là, sachant que j’ai aussi vécu ça. C’est compliqué.

Tout Novès qu’il est, Guy se débat lui aussi dans le contexte toujours aussi limitant de l’équipe de France. Vous qui l’avez tant fréquenté à Toulouse, que vous inspirent ses deux années de mandat ?   
Guy Novès est un grand manager, son palmarès parle pour lui. Mais ce n’est pas un magicien. Il ne va pas à lui tout seul régler tous les problèmes du rugby français et je trouve aussi parfois assez injuste de faire porter tous nos maux, tous nos problèmes de structure et d’organisation sur ces mecs-là, que ce soit les joueurs et le staff ; on attend des exploits, alors qu’on sait tous très bien qu’on ne met pas en œuvre les conditions qui nous permettraient d’avoir une équipe de France aussi compétitive qu’obn aimerait qu’elle le soit.

Pensiez-vous à votre époque que l’équipe de France pourrait tomber aussi bas ? C’était prévisible selon vous ?
Je pense que ce genre de cycles met du temps à s’installer. Et je me rappelle avoir donné beaucoup d’interviews, où j’ai pu le dénoncer comme cela avait déjà été fait avant moi. Mais comme l’équipe de France gagnait de façon plus régulière, ça n’a pas forcément été entendu. On a pris cette pente négative, petit à petit, gentiment, et aujourd’hui, on est dans une situation compliquée, que personne n’accepte. Encore une fois, les joueurs en sont les premiers conscients. Mais il ne tient qu’au rugby français de s’entendre pour mettre en place les actions qui permettront aux générations qui arrivent d’être performantes dans les années à venir. 

Pour avoir pratiqué Guy Novès comme Bernard Laporte, son prédécesseur, ces deux-là sont-ils capables de mettre de côté leurs egos pour l’intérêt supérieur du rugby français ?
Que ce soit l’un ou l’autre, leur intérêt est commun : c’est que l’équipe de France soit performante. Ce sont deux personnes intelligentes, donc je ne doute pas qu’ils trouvent le moyen de s’entendre. Après, ce sont de fortes personnalités, avec de forts caractères, un palmarès qui compte et ils savent de quoi ils parlent lorsqu’ils parlent de rugby. Il va bien falloir qu’il y ait un consensus pour faire avancer les choses et donner une image positive du XV de France.

Sans jouer les « Madame Soleil », comment voyez-vous cette tournée d’automne, et notamment ce double enchaînement face aux All Blacks, avant de jouer les Boks ?
Evidemment que les Blacks sont favoris. Mais aujourd’hui, il faudrait me donner une équipe favorite face aux All Blacks… Je ne vois pas pourquoi l’équipe de France ferait exception, de surcroît lorsqu’elle est en difficultés. Oui, les Néo-Zélandais sont favoris, mais ça ne change rien à l’histoire. Parce que pour les avoir jouer souvent (12 matches, 2 victoires et 10 défaites), je ne me rappelle pas une seule fois où l’équipe de France a été donnée favorite. Ce n’est pas le souci. C’est un match de rugby, les joueurs du XV de France auront une fenêtre de tir : seront-ils capables d’en profiter, auront-ils le caractère et l’énergie pour aller chercher ces Néo-Zélandais vraiment exceptionnels ? Personne ne peut répondre, tout comme ceux qui annoncent une défaite à 100 %. Il faut être prudent parce que ça reste du sport. La variable, ce n’est pas tant les All Blacks. On ne peut pas préparer ce match et espérer qu’ils ne soient pas bons, ils seront bons. La question, c’est surtout dans quel état sera le XV de France pour les affronter.         
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(*)La tournée d’été des Bleus s’est soldée par trois revers (37-14, 37-15, 35-12).

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