Publié par Sylvain Labbé le 6 mars 2014 à 16h51

Koita: "Championnes du monde, le rêve !"

Le Rugby au féminin

A 22 ans, Assa Koita incarne une équipe de France ambitieuse, qui vise le Grand Chelem pour mieux afficher ses intentions avant la Coupe du monde l'été prochain. (ICON SPORT)

Koita: "Championnes du monde, le rêve !"

A la différence des Bleus de Saint-André, l’équipe de France féminine avant d’affronter l’Ecosse reste en lice pour un possible Grand Chelem. Un objectif essentiel pour permettre à ce groupe d’exister à l’ombre des garçons et de prendre date avant la Coupe du monde organisée en France cet été. Rencontre avec Assa Koita (22 ans, 16 sél.), deuxième ligne de Bobigny et fer de lance (1,82m, 100kg) de cette nouvelle génération.

Assa, si on vous dit que cette équipe de France est condamnée au Grand Chelem pour réussir à pointer les projecteurs sur la Coupe du monde cet été en France…
Il n’y a pas de secret. Plus de résultats, c’est plus de médiatisation et l’intérêt du grand public ne peut que grandir en vue de la Coupe du monde. Ça donnerait en tout cas une belle image de l’équipe de France et ça inciterait, je l’espère, le plus grand nombre à suivre cette Coupe du monde et à regarder les filles ! On a commencé sur de bonnes bases face à l’Angleterre, la dynamique est là, positive sur ce Tournoi avec cette série de victoires et cet objectif du Grand Chelem. On possède surtout un groupe très lié et soudé depuis deux ans. On en a tous envie ! Championnes du monde, ce serait le rêve !

Quand on rentre sur un terrain avec ce maillot de l’équipe de France féminine, au-delà du coq, se sent-on investi d’une responsabilité particulière ? Pour représenter le rugby féminin ?
(catégorique) Pour ma part, j’estime qu’on est totalement responsables, nous sommes les premières actrices, qui jouons sur le terrain avec ce maillot. A nous de montrer notre valeur, on représente le rugby féminin tel qu’il est pratiqué dans toute la France et aux yeux du monde entier. Toutes les filles, qui jouent au rugby, sont concernées et représentées. J’ai l’espoir que nos résultats puissent faire évoluer le rugby féminin. Et d’une façon générale, le sport féminin.

 "On vit rugby au final !"

Au regard de l’investissement consenti, est-ce qu’on souffre de ce déficit d’exposition ?
J’ai toujours vécu ce manque de médiatisation depuis que je suis arrivé dans le quinze et puis, moi, du moment qu’on me donne un terrain ! Bien sûr qu’on en souffre… On aimerait être pro, pouvoir être reconnue. Mais on s’entraîne tous les jours, vous savez... (sourire) A raison de trois entraînements en club par semaine, trois séances de musculation sans compter les entraînements individualisés selon les semaines avec ou sans match. Mais ça nous prend toutes nos soirées. On part au boulot avec notre sac. On rentre du boulot, on file direct à la muscu… On vit rugby au final ! Je prépare des concours de moniteur-éducateur, mais quand on est passionnées comme c’est notre cas à toutes, on trouve toujours du temps. C’est devenu une habitude et puis quand on aime (rires) !

Le XV de France de Philippe Saint-André, ça représente quoi pour vous et vos coéquipières ?
On a des joueurs auxquels on se réfère. Et puis des attitudes, des gestes. C’est vrai que les placages offensifs de Dusautoir à répétition, c’est quelque chose ! Les « cad’-déb’ » pour les ailières, les chistera… Moi, j’analyse les deuxièmes lignes en général. Parce que tous les profils sont différents. Même si à mon poste, ma référence, ce serait plutôt les « bouchers » sud-africains. Parce que j’aime bien le combat, quand c’est hard ! (rires) Tout déblayer, tout plaquer, j'adore !

Quand on a comme vous grandi en région parisienne, comment découvre-t-on le rugby féminin ?  
Je n’y connaissais vraiment rien, mais j’avais une amie qui pratiquait en UNSS au collège. J’avais arrêté le sport depuis un an après avoir fait un peu de tout, j’avais seize ans… Elle m’a dit de venir essayer. Ma première réaction, c’était plutôt : « Mais t’es folle ! Je les vois à la télé, c’est trop violent ! » Les clichés habituels, quoi. J’ai assisté à un entraînement, ça avait l’air intéressant ; et le suivant, j’étais là avec mes affaires sur le terrain. J’ai tout de suite accroché au combat et aux valeurs, l’esprit de groupe, les copines, dont les plus proches viennent aujourd’hui du milieu du rugby. Mais surtout les valeurs de la vie réelle qu’on y retrouve. C’est pour moi un grand exemple éducatif.

"Parler de rugby de banlieue, c’est un cliché"

Diriez-vous que le rugby reste plutôt conservateur et tarde lui-même à reconnaître la pratique au féminin ?
Je crois que ça de va de mieux en mieux. Dire que je joue au rugby, ça suscite aujourd’hui plus d’intérêt et de curiosité qu’autre chose… On nous voit plus comme des guerrières, c’est positif. Alors qu’il y a quelques années encore, on nous disait : « Mais t’es sérieuse ? C’est un sport d’hommes, tu vas te blesser, être défigurée ! » Et me voilà, j’ai le visage intact (sourires). Il y a du combat, mais ce n’est pas le sport de brutes qu’on veut parfois bien décrire. Il faut savoir jouer intelligemment et ça provoque de plus en plus de respect. J’ai de plus en plus d’amis qui veulent pratiquer… On me demande le prochain match télévisé, ça fait plaisir.   

Lorsque Mourad Boudjellal dénonce un rugby français qui passerait à côté du formidable potentiel que représentent les banlieues, vous êtes d’accord ?
Même si pour moi, parler de rugby de banlieue, c’est un cliché. Que ce soit à Montpellier ou Bobigny, c’est le même rugby, les mêmes règles, le même terrain. Le rugby de banlieue, il va nous permettre de jouer les phases finales au mois d’avril, le plus haut niveau national. Pour ce qui est de ce potentiel, en revanche, c’est vrai que pour avoir grandi en banlieue, je connais plein de personnes dont le profil hyper intéressant permettrait d’exploser (sic) dans le rugby. Ce n’est pas un cliché que de le dire : les grands blacks, costauds, rapides, ont leur place dans le rugby. Il n’y a pas que l’athlétisme et le foot. Mais le rugby n’est pas assez connu dans les banlieues, pas assez développé, même s’il y a de plus en plus de « banlieusards » qui y viennent. Parce que tout le monde a sa chance.

Dans une société française, où les problèmes ne manquent pas, c’est un modèle qui peut compter ?
C’est clair. On retrouve des filles d’un peu partout dans cette équipe. Chacune apporte son histoire, ce qu’elle vit, ça paraît tout simple, mais ça permet de s’ouvrir à de nouveaux horizons. C’est marrant d’échanger et de partager tout ça ensemble. Grâce au rugby, c’est cool !

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